Il fallait s’y attendre, avec l’approbation la semaine dernière du Truvada en prophylaxie pré-exposition par la Food and Drug Administration (FDA), les présentations sur le traitement comme moyen de prévention font salle comble au congrès. Un panel de discussion sur le sujet nous a permis de mieux comprendre les avantages et les inconvénients. Dr Julio Montaner, ex-président de l’IAS et directeur du BC Center for excellence in HIV en Colombie-Britannique a su démontrer la simplicité et l’efficacité du traitement comme moyen de prévention. Avec cette approche, la progression de l’épidémie a diminué dramatiquement en Colombie-Britannique. Avec un nombre croissant de personnes en traitement, le nombre de décès à également diminué drastiquement. L’objectif de tester et de traiter toutes les personnes séropositives permettrait aussi de réduire l’épidémie puisque la majorité des nouvelles infections proviennent de personnes ne connaissant pas leur statut sérologique. De plus, l’étude HPTN 052 a récemment démontré une réduction de 96 % de la transmission du VIH chez les couples sérodifférents. Les nouvelles lignes directrices (avril 2012) de la World Health Organization (WHO) recommandent d’offrir à tous les couples le test de dépistage accompagné de counseling. Pour les couples sérodifférents, le traitement devrait être offert au partenaire séropositif, peu importe l’état de son système immunitaire (taux de CD4). En Colombie-Britannique, les traitements sont accessibles, gratuits et sans co-paiement. Le traitement comme moyen de prévention est efficace et doit être offert à tous conclu Montaner.
De son côté, Dr Ken Mayer, USA a démontré toute la complexité de cette approche. L’état des systèmes de santé varie d’un pays à l’autre. Les ressources financières pour implémenter le traitement comme moyen de prévention ne sont pas disponibles partout. Il en va de même pour l’accès au traitement et à la prévention. Il reste encore beaucoup à faire pour arriver à tester 15 millions de personnes à travers le monde. Et de toutes les personnes dépistées, seulement les 2/3 consultent les cliniques pour un suivi. De plus, toutes les personnes sous traitements n’atteignent pas nécessairement la suppression virale (charge virale indétectable) laissant ainsi une place à la transmission. Dr mayer a aussi souligné la fragilité et la précarité des organismes communautaires notamment en raison du manque de financement mais aussi en raison de la nature de leur travail. Depuis quelques années, les organismes ont orienté leurs services en fonction des besoins des PVVIH comme la pauvreté, l’accès au logement et à la nourriture. Ils devront se réorienter pour soutenir les PVVIH dans la prise de médications (adhésion, effets indésirables, etc.). Et que dire de toute la pression exercée sur les PVVIH à commencer un traitement sans préparation ? La peur de la stigmatisation liée au dépistage du VIH dans plusieurs pays a aussi été soulignée. Bien des enjeux, bien des questions. Le débat se poursuit…
Liens utiles :
- Lignes directrices pour les couples, WHO (en anglais)
- Étude HPTN 052, VIH.org
- Un traitement comme mode de prévention du VIH/sida, gouvernement du Canada
Bruno Lemay
Directeur général, Portail VIH/sida du Québec








