Qu’est-ce que signifie être indétectable ?

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Autre part / Vancouver 

Traduction libre de l’article de Bob Leahy sur PositiveLite (14-09-23)

Bob LWhat it means to be undetectableeahy parle aux intervenants de l’AIDS Vancouver à propos de leur campagne innovatrice « Le nouveau visage du VIH – Qu’est-ce que signifie être indétectable ». Cette campagne fait référence à la nouvelle réalité de vivre avec le VIH dans un contexte où les antirétroviraux sont d’une très grande efficacité.

Bob Leahy : Merci d’avoir accepté de nous parler. Nous sommes très intéressés par ce que vous faites à AIDS Vancouver.

AIDS Vancouver : Le nom complet du projet est « le nouveau visage du VIH  – Qu’est-ce que signifie être indétectable ». Cela fait référence à la nouvelle réalité de vivre avec le VIH dans un contexte où les antirétroviraux (ARV) sont d’une très grande efficacité. Ce à quoi la plupart des canadiens, et tous les gens qui sont testés positifs ici en Colombie-Britannique, ont la chance d’avoir accès.

Le nom reflète, selon nous, que même si le pronostique pour les gens vivant avec le VIH a changé drastiquement depuis les 15 dernières années, la perception du VIH, elle, n’a pas suivi. Pour beaucoup de gens, le terme « séropositif » évoque une réalité qui n’existe plus depuis les années 90 pour la majorité des séropositifs vivant au Canada.

Grâce aux traitements ARV, le VIH n’est plus une infection mortelle. Le rapport 2014 BC Provincial Health Officer décrit le VIH comme une condition chronique gérable, avec une espérance de vie près de la normale pour les personnes atteintes. L’étude européenne PARTNER n’a trouvé aucun cas de transmission du VIH chez des couples sérodifférents qui avaient des relations sexuelles vaginales ou anales et dont le partenaire séropositif avait une charge virale indétectable, cela après un total de 44 000 actes sexuels, ce qui suggère que le taux infectieux est à un niveau très bas. La plupart des gens n’ont que peu d’effets secondaires à la suite du traitement. Vivre aujourd’hui avec le VIH est bien différent de ce que c’était il y a seulement dix ans.

Ce projet a été initialement inspiré par l’expérience d’un de nos membres lorsqu’il a reçu un diagnostique positif et a constaté cet énorme manque de cohésion entre ce que lui disait son médecin, le résultat des récentes recherches et son vécu quotidien en tant que séropositif. Il rencontrait toute cette stigmatisation et cette désinformation basée sur la conception périmée qu’on se faisait du VIH, et il en souffrait beaucoup. Rapidement, il a découvert qu’il n’était pas le seul ; comme il rencontrait d’autres séropositifs, il entendait des histoires similaires de rejet, d’isolation, de dépression… de la part des personnes qui étaient stigmatisées selon des préjugées sans fondement dans la réalité actuelle.

C’est à partir de ce moment qu’il nous est venu l’idée de s’éloigner du terme séropositif, avec toute la signification dont il était chargé, et de débuter une réflexion sur une nouvelle identité, mieux adaptée à la réalité actuelle de ceux qui vivent avec le virus en suivant leur traitement. Cette nouvelle identité est « indétectable », ce qui décrit une personne séropositive répondant bien au traitement antiviral, qui lui donne une charge virale indétectable.

Alors vous n’aimez pas beaucoup le terme « séropositif » ? Dites-nous davantage les raisons pour lesquelles ce terme ne vous convient pas.

Ce n’est pas tant que nous n’aimons pas le terme que nous pensons qu’il est imprécis. Quand quelqu’un dit qu’il est séropositif, que dit-il ? Que nous dit ce terme à propos de leur espérance de vie, de leurs fonctions immunitaires et du risque qu’ils transmettent le virus ? Qu’est-ce que ça nous dit sur leurs besoins en services de santé. Pas beaucoup. Alors que si quelqu’un nous dit qu’il est indétectable, nous avons beaucoup plus d’information sur lui. Nous savons qu’il suit un traitement et répond bien à celui-ci, qu’il est suivi par le système de santé et voit son médecin régulièrement, qu’il est susceptible d’avoir un système immunitaire fonctionnel et d’avoir une espérance de vie près de la normale. Nous savons aussi qu’il a un très faible risque de transmettre le virus à quelqu’un d’autre.

Logiquement, ça n’a pas de sens d’utiliser ce terme trop générique (séropositif) quand le fait qu’une personne soit traitée et qu’une autre ne le soit pas ait un effet diamétralement opposé sur les perceptions. Un système immunitaire sain contre un faible ; une espérance de vie normale contre une réduite ; un faible taux infectieux contre un risque accru. Comment un seul terme peut-il décrire deux réalités complètement différentes ? C’est comme comparer des pommes avec des oranges. Ce sont deux choses différentes, par conséquent elles requièrent deux étiquettes différentes.

WebAlors que proposez-vous que l’on utilise à la place ?

Eh bien, comme le suggère le nom du projet, « indétectable » est le terme que nous promouvons le plus, en partie parce que son usage est déjà largement répandu. Par contre, il ne l’est pas autant que nous aimerions qu’il le soit. Nous utilisons aussi les termes « séro neutre » et « séropositif en rémission » dans plusieurs contextes, mais « indétectable » est le terme que nous désirons voir gagner du terrain chez une plus large part de la population.

OK,  je comprends la signification des autres termes, mais que voulez-vous dire par « séro neutre » et par « séropositif en rémission » ?

Une importante motivation de ce projet est de changer « l’image » du VIH pour mieux refléter la réalité médicale actuelle des personnes vivant avec le virus, et de faire en sorte que cette réalité soit compréhensible pour le plus grand nombre de gens possible. Ce n’est pas tout le monde qui comprenne ce que veut dire charge virale, donc le terme « indétectable » peut ne rien signifier pour certains. Alors qu’un terme comme « séropositif en rémission » trace un parallèle avec le cancer en rémission, ce que la plupart des gens comprennent déjà. De la même façon, la « séro neutralité » évoque une image du VIH placée dans un continuum avec la « séronégativité » d’un côté, la « séropositivité » de l’autre et la « séro neutralité » quelque part entre les deux. Ça évoque aussi un VIH « neutralisé », qui n’est plus en état de ravager le corps de la personne atteinte ou d’être transmis à d’autres.

Au niveau de l’impact de l’image, « indétectable » est notre terme préféré, mais lorsque l’on parle du VIH pour aider les gens à comprendre ce que ça signifie de vivre avec le virus aujourd’hui, nous voyons aussi l’importance d’utiliser ces autres termes.

Le défi est d’aider les gens à se débarrasser de leurs vieilles perceptions sur le VIH et à comprendre les réalités actuelles. Nous croyons qu’un nouveau vocabulaire peut être un outil efficace pour y parvenir.

Vous dites que d’utiliser un seul terme comme « séropositif » a plusieurs conséquences négatives, même pour les recherches sur le VIH, par exemple. Comment l’utilisation répandue du terme «séropositif » a des conséquences négatives sur les recherches que nous faisons au Canada et ailleurs ?

Encore une fois, le problème comme nous le voyons, est le manque de spécificité. Une grande part des études sur le VIH/sida regarde les effets de vivre avec le virus, sans nécessairement faire la distinction entre les personnes traitées et celles non-traitées, ce qui peut résulter en de vastes généralisations qui sont d’utilité limitée.

Heureusement, c’est en train de changer. Par exemple, au lieu d’entendre que les personnes séropositives sont plus à risque d’AVC, par exemple, nous voyons des études montrer que ce risque est atténué par le traitement ; que les personnes séropositives qui ont une haute numération de CD4 et une basse charge virale, qui sont en d’autres mots indétectables, ne sont pas plus à risque d’AVC que les personnes séronégatives. C’est le genre de recherche ciblée spécifique que nous espérons encourager en faisant des distinctions dans le vocabulaire.

Voyons si je comprends bien. Par exemple, on nous dit que la syphilis est particulièrement dommageable quand on est séropositif. Est-ce qu’on sait si c’est également dommageable pour toutes les personnes séropositives ou si ce n’est plus un problème une fois qu’on est devenu indétectable ? Et si on ne le sait pas, pourquoi le dirait-on, ou ne forcerait-on pas la tenue d’études spécifiques aux différents niveaux du VIH ?

C’est exactement le genre de questions qui, nous espérons, vont inspirer les recherches. Il y a beaucoup de confusion et cela a des conséquences réelles pour les personnes qui vivent avec le VIH, que ce soit au niveau de la création inutile de stress et d’anxiété ou au niveau des soins qu’elles reçoivent. Dans The New Face of HIV (le nouveau visage du VIH) nous citons quelques exemples de personnes qui sont indétectables, mais qui sont traitées par leur personnel soignant comme si leur système immunitaire était déficient ; soit, ils doivent prendre une variété de suppléments, adopter une diète alimentaire spéciale et se faire immuniser. Nous avons parlé à plusieurs médecins qui suggèrent que certains de ces traitements sont inutiles pour les personnes indétectables, mais à ce moment nous ne savons pas exactement ce qui est nécessaire et ce qui ne l’est pas, puisque les recherches n’ont pas été faites ou l’échantillonnage n’est pas représentatif.

Les professionnels de la santé offrent les meilleurs conseils basés sur l’information dont ils disposent, mais quand cette information n’est pas à jour, leurs recommandations de soins ne le seront pas davantage. Nous espérons que d’entamer une conversation sur la réalité actuelle de vivre avec le VIH et de fournir un nouveau vocabulaire pour définir une identité indétectable va encourager des recherches plus spécifiques afin de mieux comprendre quels traitements sont nécessaires et lesquels ne le sont pas

Je comprends. Alors que fait-on maintenant pour la prévention du VIH ? Est-ce que la nouvelle terminologie va ou devrait influencer ce qu’on peut faire aussi de ce côté ?

La bonne nouvelle est que de changer le comportement des gens n’est plus notre seule option ; nous avons maintenant la connaissance et les outils pour répondre aux comportements actuels des gens, en incluant ceux qui ne peuvent pas ou choisissent de ne pas utiliser le condom, pour toutes sortes de raisons. En plus du condom, nous avons maintenant des options pharmaceutiques comme la prophylaxie pré-exposition (Pre-Exposure Prophylaxis – PrEP) et le traitement par la prévention (Treatment as Prevention – TasP), mais nous ne savons pas encore vraiment comment parler de ces options. Nous croyons que le terme indétectable peut servir encore plus à créer un lien entre la recherche et le message promouvant les pratiques sexuelles sans risque.

Ok, sur cette question vous suggérez que d’avoir une relation sexuelle anale sans condom avec quelqu’un qui est indétectable est en fait une relation « à faible risque ». Je crois que les données sont là pour supporter entièrement cette analyse,  mais je ne vois pas ce message de la part de plusieurs autres personnes. Pourquoi est-ce ainsi, selon vous ? N’est-ce pas un fait important ? 

Il est estimé que les condoms sont efficaces à 80-85% contre la transmission du VIH, tandis que les études HPTN 052 et PARTNER suggèrent qu’avoir une relation sexuelle avec un partenaire indétectable rehausse le taux d’efficacité à 95%. Basé sur ces données, il semble raisonnable de classifier les relations anales avec un partenaire indétectable comme une relation à faible risque de la même façon que nous le faisons pour une relation anale avec un condom, idée déjà très répandue dans la société. Nous n’avons pas toutes les réponses, mais nous avons accès aux dernières recherches sur la transmission du VIH. Nous voulons convertir cette connaissance pour envoyer un message promouvant les pratiques sexuelles sans risque de façon à permettre aux gens de faire un choix éclairé à ce sujet.

Nous pensons que c’est un message important, mais c’est aussi un message qui se base sur des données nouvelles qui remettent en cause, à un certain point, 30 ans de réflexion sur les relations sexuelles sans risque. Les résultats intérimaires de l’étude PARTNER sont sortis depuis environ six mois, ce qui n’est pas beaucoup pour les gens travaillant à la prévention et à la préservation de la santé pour qu’ils puissent traiter et intégrer l’information à des stratégies existantes, ou travailler à l’élaboration de nouvelles stratégies. Il faut aussi trouver comment convertir ce nouveau savoir en un message efficace. Comment peut-on condenser des concepts compliqués, par exemple : la suppression de la charge virale, le risque de transmission par l’acte, les limites aussi de la confiance, en des slogans de campagne qui fonctionnent ? Comment peut-on promouvoir efficacement l’utilisation du condom pour un groupe tout en promouvant des pratiques sexuelles sans risque et sans condom pour un autre ?

Ces résultats nous mettent face à quelques difficultés. Un de nos buts par ce projet est d’identifier ces difficultés et d’entamer une discussion sur les façons d’y réagir en tant que communauté.

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Oui. Et il y a un lien entre être indétectable et l’empowerment, n’est-ce pas ? Vous mentionnez qu’un de vos informateurs fait valoir qu’être indétectable est un « insigne d’honneur ». Ça permet de se sentir bien, n’est-ce pas ? Plusieurs personnes ont rapporté leur exaltation en devenant indétectable.

Tout à fait, et nous avons rencontré un certain nombre de gens qui dissent qu’être indétectable est plus facile à avouer que « poz » ou séropositif, puisque ça transmet un message précis et positif  (sans vouloir faire de jeu de mot). Dès le départ, un des buts visés par ce projet a été d’assurer aux personnes séropositives suivant un traitement d’avoir un épanouissement de leur identité et une diminution de la stigmatisation ;  de puiser leur force en célébrant la santé et en se désencombrant des perceptions périmées qui font rimer VIH avec maladies invalidantes et mort prématurée.

Pensez-vous qu’il y ait cependant un danger en utilisant ces termes de créer une nouvelle forme de stigmatisation ? Je pense, disons, entre ceux qui sont traités et ceux qui ne le sont pas, entre détectables et indétectables. Si quelqu’un qui n’est pas traité contre le VIH, par exemple divulgue sa condition, il ou elle risque de ne pas trouver facilement un/une partenaire.

Nous avons eu plusieurs discussions sur la stigmatisation et les privilèges ces derniers mois, incluant le privilège que nous avons en Colombie-Britannique, où les ARV sont remboursés pour chaque résident qui en a besoin. Malheureusement, il y a des millions de personnes qui n’y ont pas accès à travers le monde, et même parmi ceux qui y ont accès, il y a des gens qui ne répondent pas bien au traitement ou qui ne peuvent pas atteindre une charge virale indétectable pour toutes sortes de raisons.

Nous reconnaissons le risque pour ces gens de se sentir exclus et stigmatisés, mais ce n’est certainement pas notre intention et, en fin de compte, nous pensons que les avantages de ce nouveau vocabulaire surpassent les désagréments éventuels. Aussi longtemps que nous restons conscients de la probabilité d’un nouveau risque de stigmatisation, nous serons capables de réduire les effets négatifs qui peuvent survenir.

Voici comment nous voyons les choses : si un patient finissait ses traitements contre le cancer et était en rémission, devrait-il continuer à se dire cancéreux dans l’intérêt d’inclure ceux qui le sont toujours ? Et même s’il le faisait, est-ce que cela aiderait vraiment ceux qui se battent encore à se sentir mieux ?

Ok, qu’elle est la réaction jusqu’à maintenant ? Est-ce que les gens vivant avec le VIH à qui vous avez parlé apprécient ce vocabulaire ?

Nous sommes enthousiastes de la réaction. La seule hésitation que nous avons rencontré jusqu’à maintenant est la même que vous souleviez auparavant sur le risque de stigmatisation, mais c’est quelque chose que nous pensons pouvoir régler à mesure que nous progressons et que nous discutons des répercussions de ce que signifie être indétectable.

Nous avions l’intention d’être très transparents en admettant que nous n’avions pas toutes les réponses, et cela a été rassurant pour les personnes qui pouvaient avoir quelques hésitations. Nous ne demandons pas aux gens d’adhérer à une interprétation prédéterminée de ce que signifie être indétectable, nous leur demandons de se joindre à nous pour le définir, identifier quelles sont les conséquences de cette réalité nouvelle et comment travailler ensemble pour améliorer la vie de tous ceux qui vivent avec le VIH, aussi bien que de prévenir les infections futures.

Pour répondre à la seconde partie de votre question, quelques personnes nous ont dit se sentir allégées d’un poids qu’elles avaient sur les épaules. Soyons honnêtes, pour beaucoup de personnes, séropositif et « poz » sont deux termes associés à 30 ans de perceptions hautement négatives et de problèmes de santé, alors elles accueillent favorablement cette nouvelle façon d’identifier une partie d’elles-mêmes. Quelques personnes ont même appris que l’utilisation d’un mot de signification nouvelle leur donnait un meilleur pronostique que l’utilisation des termes séropositif ou « poz ».

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Je veux parler davantage de la stigmatisation. Vous suggérez que le terme « séropositif » est en lui-même stigmatisé et que d’avoir une charge virale indétectable l’est beaucoup moins. Je pense qu’en tant que communauté nous n’avons pas entièrement étudié la possibilité pour quelqu’un qui est indétectable d’être perçu comme moins menaçant, moins effrayant et, par conséquent, moins sujet à la stigmatisation. Pensez-vous que nous sommes en train de manquer le bateau par rapport à ce qui semble être une vraie occasion de réduire la stigmatisation ? Si c’est le cas, pourquoi diable voudrions-nous cela ?

Il est important de noter que la stigmatisation est devenue un facteur sérieux pour plusieurs personnes qui vivent avec le VIH depuis l’émergence des antirétroviraux. Avant les ARV, les personnes séropositives se concentraient sur la lutte pour leur survie plutôt que sur la stigmatisation associée au VIH. Maintenant que le VIH n’est plus mortel, la conscience de la stigmatisation augmente. Nous voyons la tendance changer ici en Colombie-Britannique, par exemple, quant à la reconnaissance des répercussions de la stigmatisation sur tous les aspects de la santé des hommes gais. Cependant, nous sommes optimistes de pouvoir tirer profit de toutes les occasions manquées à mesure que nous progressons.

Le Dr. Perry Kendall, fonctionnaire provincial de la santé, a publié un rapport cet été  qui dit essentiellement que si nous voulons réduire les taux d’infection au VIH chez les hommes gais ou bisexuels, il faut d’abord porter attention à la stigmatisation et à la santé mentale, puis examiner la santé des hommes gais dans son ensemble. Les autorités provinciales en santé font une surveillance attentive de la stigmatisation et travaillent de pair avec la communauté dans le but de trouver des solutions à ce problème, ce qui est très encourageant. L’étude de ce qu’est être indétectable devrait absolument faire partie de la conversation et jouer un rôle important à réduire la stigmatisation des personnes vivant avec le VIH.

Même si les recherches en cours deviennent progressivement accessibles, nous arrivons à un point où il y a assez de données probantes pour nous permettre d’intégrer le fait d’être indétectable comme une pratique sexuelle sans risque qui améliore les efforts de prévention et réduit la stigmatisation.

Il semble pour nous, et plusieurs autres personnes, que les organismes d’aide contre le sida se sont afférées à minimiser les résultats de l’étude PARTNER et à dire qu’il faut plus de temps et continuer de pousser le port du condom chez les personnes « poz » indétectables qui désirent avoir des relations sexuelles sans condom. (Oui, je sais qu’il est risqué de contracter d’autres ITSS, mais nous parlons ici de la transmission du VIH). Pouvez-vous commenter ?

Les condoms sont très efficaces pour prévenir l’infection au VIH quand ils sont utilisés correctement, mais nous savons qu’un grand nombre de gens ne les utilisent pas sur une base régulière, en dépit de 30 années de message promouvant le port du condom. Devons-nous simplement abandonner ces gens à leur sort ou pouvons-nous dire : « Hé ! Nous avons d’autres options maintenant. Assurons-nous que ces gens soient mis au courant des nouvelles façons de se protéger, eux et leurs partenaires ». Il nous semble important d’étendre la conversation aux pratiques sexuelles sans risque pour donner aux gens les outils dont ils ont besoin pour faire un choix éclairé.

Eh bien, il me semble qu’en ne reconnaissant pas que le risque de transmission est négligeable lorsque le partenaire est indétectable, ceux qui travaillent en prévention sont sur une corde raide entre prudence et culpabilité de contribuer à ce que la stigmatisation continue pour les gens ayant des relations sexuelles avec un partenaire séropositif, mais ayant été déclaré indétectable. D’accord ou pas d’accord ?

Nous croyons que les intervenants des organismes de prévention aimeraient dire qu’être indétectable équivaut à être non-contagieux, mais peut-être que nous ne posons pas la bonne question. Peut-être que la question ne devrait pas être « Sommes-nous certains à 100 % qu’être indétectable est sans risque ? », mais « Est-ce qu’être indétectable grâce aux antirétroviraux est aussi efficace que l’utilisation du condom ? ». Il y a des preuves considérables que c’est le cas, alors devons nous étendre notre message promouvant les relations sexuelles sans risque pour inclure l’utilisation des antirétroviraux comme une solution sans risque s’adressant aux personnes qui ne peuvent pas ou ne veulent pas utiliser le condom ?

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OK alors, pardonnez-moi d’amener cela encore plus loin, mais c’est un point très important dans la discussion. Je veux que nous parlions du savoir qui est en partie derrière votre motivation de présenter un nouveau langage. Vous dites : « il y a de plus en plus de données probantes pour conclure que les possibilités qu’une personne indétectable transmette le virus soient négligeables ». Je suis maintenant d’accord à 100 %, mais comment pouvons-nous avoir la discussion que vous suggérez être nécessaire, alors qu’il semble y avoir une telle discordance par rapport à ce que le terme « indétectable » évoque réellement pour les personnes séropositives. À titre d’exemple, CATIE (la source canadienne de renseignements sur le VIH et l’hépatite C) affirme qu’une charge virale indétectable « réduit le risque de transmission ». Le AIDS Committee of Toronto (ACT) « maintient que le condom demeure le moyen le plus efficace de prévenir la transmission du VIH » et minimise les résultats intérimaires de l’étude PARTNER dans un de leur récent bulletin d’information. Puisque le niveau de compréhension n’est pas le même dans l’ensemble de la communauté, est-ce que ce sera difficile de se mettre d’accord sur l’adoption d’un nouveau langage et, chose très importante, sur les répercussions qu’il aura au niveau des risques de transmission ?

Il y a des désaccords, mais en aucun cas c’est insurmontable. Tous les exemples que vous citez s’accordent sur le fait qu’une charge virale indétectable réduit le risque de transmission – c’est juste une question de par combien de fois. Donc, nous partons avec un important consensus et, comme nous entamerons une discussion plus profonde sur les obstacles rencontrés, nous pourrons espérer développer un consensus plus fort qui diminuera la diffusion de messages contradictoires.

Si nous retournons aux débuts de la prévention du VIH, il y avait toutes sortes de messages contradictoires sur le niveau de risque que différents actes sexuels pouvaient représenter. Avec le temps, plus les gens débattaient et partageaient leurs connaissances, plus la science amenait des précisions et de la clarté sur le sujet, un consensus a émergé. Il n’y a aucune raison de croire que ça n’arrivera pas de nouveau, mais le premier pas est de commencer la discussion. Nous pensons que cela aidera à l’atteinte du consensus et espérons que notre projet soit un catalyseur pour lancer cette discussion.

C’est un bon point. Ici en Ontario, je perçois une inquiétante perte de crédibilité des experts en prévention de la part de certains séropositifs par rapport à ce même problème, et dans l’ensemble des médias sociaux. Par exemple l’un de nos collaborateurs a écrit : « Je suis agacé par la lâcheté propre aux organismes contre le VIH et aux médias LGBT qui sont réticents à publier toutes découvertes qui peuvent altérer le message promouvant les relations sexuelles sans risque. On pourrait penser que c’est une bonne nouvelle d’informer les gens que les séropositifs devenus indétectables par le traitement sont moins à risque de transmettre le virus que d’autres, que ça vaut la peine de le claironner sur les ondes, mais il y a une réticence tangible à fournir des faits aux gens. » Voyez-vous ce genre de frustration dans votre partie du monde ?

Eh bien, nous sommes chanceux avec ça en Colombie-Britannique. Le traitement par la prévention (TasP) fait officiellement partie des politiques de santé, alors il y a une reconnaissance à tous les niveaux qu’une charge virale indétectable réduit considérablement le risque de transmission. Là où il peut y avoir de la frustration c’est devant l’hésitation à faire le saut de la prévention collective vers la prévention individuelle. Nous reconnaissons que le traitement prévient l’infection au niveau de la population, mais très peux de gens sont confortables de dire qu’une charge virale indétectable préviendra la transmission entre deux personnes ayant une relation sexuelle sans condom.

Comme nous l’avons mentionné plus tôt, nous pensons qu’il faut se poser la vraie question. Ce ne devrait pas être : « Sommes-nous certains à 100 % qu’être indétectable est sans risque ? », la question devrait être : « Est-ce qu’être indétectable grâce aux antirétroviraux est aussi efficace que l’utilisation du condom ? ». Et si c’est le cas, nous devrions étendre notre message promouvant les relations sexuelles sans risque pour inclure l’utilisation des antirétroviraux comme une solution sans risque s’adressant aux personnes qui ne peuvent pas ou ne veulent pas utiliser le condom.

Nous avons de l’empathie pour la frustration qu’éprouve votre collaborateur et certainement bien d’autres personnes qui vivent la stigmatisation et le rejet. Nous voyons aussi une excellente occasion, dont on ne tire pas partie, d’atténuer cette stigmatisation, mais notre empathie va aussi vers les groupes de prévention qui font face à de nombreux obstacles pour convertir ce savoir en des stratégies de prévention efficaces, fondées sur des données probantes qui rejoignent un large public.

Encore une fois, c’est pourquoi il est important que nous entamions une conversation sur les obstacles rencontrés et que nous travaillions de pair pour trouver des solutions. Nous sommes dans une période de transition avec la prévention du VIH, grâce à de nouveaux outils comme le traitement par la prévention (TasP) et la prophylaxie pré-exposition (PrEP), ainsi que la meilleure compréhension des facteurs sociaux qui influent sur la santé et les conséquences de la marginalisation et la stigmatisation. Notre souhait est de pouvoir nous rassembler autour de nos accords, renforcer ce consensus et créer une nouvelle image de la prévention du VIH parallèlement à la préservation de la santé.

Cela veut donc dire, qu’il y a passablement d’éducation à faire autour de l’indétectabilité. Vous êtes d’accord ?

Oui, tout à fait. L’éducation et le dialogue sont essentiels.

Très bien. Alors comment les gens peuvent-ils obtenir plus d’information sur votre campagne ?

Ils peuvent visiter notre site web et nous espérons qu’ils entrent en contact avec nous pour partager leur pensée et donner leur avis sur ce que veut dire être indétectable.

C’est un sujet très intéressant ! Je crois que de vous avoir posé des questions difficiles ne diminue pas le fait que je suis très impressionné par ce que vous tentez d’accomplir. C’est innovateur, audacieux et ça va inciter la réflexion – espérons aussi, la discussion. C’est exactement ce dont nous avons besoin. Merci, nous apprécions grandement le temps que vous avez pris pour nous parler. Maintenant voyons ce que d’autres en pensent.

*****

Merci à AIDS Vancouver et les trios membres qui ont contribué à cette discussion :

Dylan Griffith, bénévole dans l’équipe AIDS Vancouver, New Face of HIV/Undetectable Project

Veronika Boyeva, bénévole dans l’équipe AIDS Vancouver, New Face of HIV/Undetectable Project

Brent Sawlor, coordinateur de l’engagement par les pairs dans l’équipe AIDS Vancouver, New Face of HIV/Undetectable Project

 

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