Suite à notre article de la semaine passée sur les chiffres canadiens et internationaux, nous voulions prendre le temps de nous attarder sur le bilan de la province du Québec par rapport au VIH. 

À ce jour, c’est l’INSPQ (Institut National de Santé Publique du Québec) qui nous donne les sources les plus fiables et les plus récentes dans son Programme de surveillance de l’infection par le VIH au Québec de 2018.

Ce rapport se concentre sur les nouveaux cas diagnostiqués en 2018 afin de pouvoir observer l’évolution du VIH et faire des analyses sur une période donnée. Le dépistage du VIH au Québec se fait de façon ciblée selon “des facteurs de risques” identifiés par le gouvernement. Différentes catégories d’exposition sont recensées et doivent aider à l’analyse des données, par exemple, il y a une catégorie HARSAH, ou une catégorie UDI.

Le document de l’INSPQ commence par une  bonne nouvelle, les tests de dépistage au VIH sont en constante augmentation depuis plusieurs années. Le nombre de dépistages a augmenté de 6,1% en 2018 par rapport à 2017. Le fait que de plus en plus de personnes fassent la démarche est sans doute une preuve que les campagnes de prévention ont un impact auprès de la population de la province. Le dépistage est une première étape.

Le portrait chiffré 

En 2018, 311 nouveaux cas ont été diagnostiqués dans la province. 236 cas sont des hommes cis, 74 des femmes cis et 3 personnes trans. Les diagnostics ont été faits très majoritairement dans trois régions, Montréal, la Montérégie et la Capitale-Nationale. Depuis plus de dix ans ce sont les zones géographiques les plus touchées par le VIH. Ces régions sont aussi les plus peuplées du Québec. 

Le  dépistage et ses enjeux

Pour le moment le dépistage est recommandé, par l’INSPQ, pour les populations dites à risque une fois par année. Plus des ⅔ des personnes qui ont reçu en 2018 un diagnostic positif au VIH n’avaient jamais eu de dépistage auparavant. Plus précisément, la moitié des HARSAH nouvellement diagnostiqués n’avaient jamais eu de dépistage, alors même qu’ils sont le coeur de cible de la plupart des campagnes de prévention. Parmi les personnes diagnostiquées venant d’un pays où le VIH est endémique, plus de 90% n’avaient jamais eu de test de dépistage précédemment. La majorité des nouveaux cas chez les personnes UDI n’avaient pas eu de précédent dépistage non plus. 

Notons aussi que la moitié des nouveaux diagnostics ont été faits tardivement par rapport à l’évolution du virus, le taux de CD4 des personnes étant en dessous de 350 par ml de sang. 25 cas parmi les nouveaux diagnostics ont été faits en phase sida. Nous savons pourtant qu’une prise en charge rapide du VIH et la prise d’un traitement dès les premiers stades de l’évolution du virus peut permettre aux personnes, d’atteindre rapidement l’indétectabilité et une meilleure qualité de vie.

Les principales populations touchées sont les HARSAH qui représentent 52,7% des nouveaux diagnostics de 2018 ; puis les personnes originaires de pays où le VIH est endémique avec 23,5% des cas et les personnes hétérosexuelles ne venant pas de pays où le VIH est endémique (17,6% des cas). Les UDI quant à elleux, représentent 5,8% des nouveaux cas. 

La transmission lors de comportements hétérosexuels persiste et représente le principal mode de transmission pour les femmes cis. Comme nous le disions dans notre dernier article, les femmes sont également beaucoup plus touchées par les violences sexuelles. Et par ailleurs, de nombreuses femmes ayant un vécu de violence vivent avec le VIH.

L’assurance maladie, un facilitateur 

Si le nombre de nouveaux diagnostics varie peu depuis 2009, il diminue cependant de manière significative chez les personnes qui ont un numéro d’assurance maladie (NAM). Parallèlement à cela, on note une augmentation notable de nouveaux diagnostics chez les personnes sans NAM. Les diagnostics chez les personnes sans NAM sont comptabilisés depuis 2012 et sont en constante augmentation depuis cette date. Ces personnes, pour la plupart, son né·e·s dans des pays où le VIH est endémique. Les chiffres se rapportant à elleux sont à comparer avec un afflux important de personnes immigrantes en 2017 et 2018 venues de pays où le VIH est endémique comme les pays des Caraïbes ou bien des pays d’Afrique sub-saharienne. 

Les réalités des UDI au Québec face au VIH

La diminution des cas chez les UDI peut-être liée, selon l’INSPQ, à la diminution de la population sans plus de précisions. Ici nous souhaitons rappeler la réalité que vivent les personnes qui utilisent des  drogues par injection. Au Canada, depuis plus de 7 ans les opioïdes déciment la population. Certain·e·s intervenant·e·s qui travaillent auprès d’elleux évoquent le fait que la mortalité qui les touche impacte grandement les chiffres empêchant toute analyse. La crise des opioïdes que traverse le Canada et plus largement l’Amérique du nord tue chaque jour et ce, plus fortement depuis 2016. Le rapport de l’INSPQ ne fait pourtant pas mention de cela dans son rapport. 

Connaître son statut c’est important !

Il est essentiel de rappeler qu’environ 14% des personnes qui vivent avec le VIH au Canada ne le savent pas. L’effort doit donc être concentré sur la prévention et l’incitation au dépistage régulier du VIH et des autres ITSS à tous les moments de la vie. 

Soixante-dix-sept pays ont déjà approuvé l’autotest pour le dépistage du VIH. Au Canada, ce test est en essai dans des projets pilotes. Il est désormais temps d’offrir l’autotest à l’échelle de la province et du pays. Cela permettrait aux personnes de connaître leur statut rapidement et d’avoir une réelle capacité d’action sur leur santé sexuelle. 

Militons pour une implantation rapide et généralisée de ce type de tests de dépistage afin d’ajouter une possibilité d’action au grand public.

Le premier pas que chacun·e peut faire pour contrer le VIH est de connaître son statut afin de pouvoir prendre les meilleures décisions pour sa santé et celle de son entourage. 

Pour toute question concernant le VIH et les autres ITSS ou encore le dépistage par exemple, n’hésitez pas à nous contacter au (514) 523-4636 ou par courriel à intervention@pvsq.org

Références 

INSPQ. (2019). Programme de surveillance de l’infection par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH). https://www.inspq.qc.ca/sites/default/files/publications/2611_programme_surveillance_infection_vih_2018.pdf

Lupick, T. (2020, 5 février). Fatal overdoses are down—possibly because so many B.C. drug users have already died. Georgia straight. https://www.straight.com/news/1355651/fatal-overdoses-are-down-possibly-because-so-many-bc-drug-users-have-already-died

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