L'abécédaire du VIH 2016

Abécédaire VIH 2016

***26 lettres pour 26 enjeux 2016 liés au VIH***

L'Abécédaire du VIH 2016 est conçu comme un outil pédagogique, visuel et facile à diffuser. Pour chacune des lettres de l'alphabet, nous avons sélectionné un mot ou un concept représentant, selon nous, un enjeu fondamental lié au VIH, qu'il soit présent (ex: la PREP), futur (ex: les sites d'injections supervisées) ou conditionnel (ex: méthode du Kick & kill), qu'il soit positif (ex: non-jugement), négatif (ex: loi c-36) ou factuel (ex: épidémiologie au Canada).

Ce travail est la résultante d'une collaboration entre l'équipe du Portail pour les images et Gabriel Girard pour les textes. Gabriel est sociologue, spécialisé dans les recherches sur la santé, les enjeux de genre et de sexualité, la prévention et la perception du risque dans le domaine du VIH/sida. Il est notamment l'auteur en 2013, du livre "Les homosexuels et le risque du sida. Individu, communauté et prévention". Nous ne le remercierons jamais assez pour sa précieuse contribution au projet !

cliquez sur la lettre qui vous intéresse pour découvrir le visuel et la définition associés : 

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z

Téléchargez les visuels de l'Abécédaire ici

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A : Allègement thérapeutique

Et si c’était ça, la prochaine révolution dans le domaine du sida ? Ces dernières années, des recherches ont été menées autour de l’allègement thérapeutique pour les personnes vivant avec le VIH prenant des antirétroviraux. L’objectif : une prise de traitement réduite (4 jours sur 7 dans l’étude française 4D), en maintenant une efficacité équivalente. Une telle approche permettrait d’éviter la surmédication, et de réduire encore les effets indésirables des antirétroviraux. En somme, l’allègement thérapeutique pourrait améliorer la qualité de vie des personnes séropositives!

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B : Bisexualités

Dans la prévention du VIH, on raisonne souvent par « populations clés » : les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HARSAH), les usagers de drogues injectables, les personnes originaires de pays très touchés par le VIH, etc. Et si ces catégories épidémiologiques nous empêchaient de voir d’autres situations ? Les hommes et les femmes bisexuel-le-s en sont un exemple. En prévention, on a eu tendance à associer les hommes bis avec les hommes gais (d’où cet acronyme « HARSAH » !). Résultat, on ne tient que rarement compte de leurs expériences sexuelles/affectives avec des femmes, comme s’il n’y avait pas là aussi des enjeux de santé sexuelle. Quant aux femmes bies, elles sont littéralement oubliées ! Dans nos sociétés, la bisexualité est encore trop souvent vue comme une phase « transitoire », alors qu’on devrait accueillir ces réalités diverses. Ces dernières années, plusieurs documents de prévention VIH/ITSS ont été produits pour palier à ces oublis. Mais il reste du travail pour faire évoluer les mentalités!

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C : C-36

En décembre 2013, la Cour Suprême du Canada déclare que trois articles de loi qui interdisent le proxénétisme, la sollicitation et la tenue d'une maison de débauche sont incompatibles avec la Charte canadienne des droits et libertés. Elle fait le constat que ces textes exposent de manière disproportionnées les travailleuses et travailleurs du sexe à la violence et aux crimes sur leur personne. La Cour donne une année au gouvernement conservateur pour légiférer à nouveau sur le travail du sexe. Inspiré du modèle suédois, qui n’a pas fait les preuves de son efficacité, au contraire, le projet de loi C-36 choisit de pénaliser les clients. Loin de protéger les travailleuses et travailleurs, C-36 s’oppose à leur empowerment et rend plus difficile l'amélioration de leurs conditions de travail et de santé. Interventions, promotion sécuritaire, protections rapprochées sont rendues passibles de condamnations pénales, sans distinction précise entre exploitation de la personne et travail du sexe. Alors que de nombreuses organisations internationales (ONUSIDA, Amnistie Internationale, le Fonds des Nations Unies pour les populations (UNFPA), le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD)) appellent à défendre les droits des travailleuses et travailleurs du sexe, la loi portée par C-36 place le Canada à rebours d’un mouvement mondial d’empowerment.

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D : Dépistage rapide

Au cours des 10 dernières années, l’offre de dépistage des ITSS a beaucoup évolué. Au Québec, on est passé d’un acte strictement médical, avec des délais d’attente de plusieurs jours – voire plusieurs semaines… à un résultat en quelques minutes, depuis 2009, via le test rapide du VIH. Ajoutons que le test rapide est disponible dans les SIDEP, dans les cliniques et auprès de certains organismes communautaires. Mais d’autres changements sont à venir ! Depuis quelques années, l’autotest (on fait le dépistage soi-même, avec une goutte de sang prise au bout du doigt) est disponible aux Etats-Unis, et maintenant en France. À quand au Canada ? Et puisqu’on n’arrête pas le progrès, des dépistages rapides pour les ITSS et l’hépatite C seront bientôt mis sur le marché.

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E : Égalité

La lutte contre le VIH/sida est indissociable de la défense des droits humains. S’il est une leçon politique de ces 35 ans d’épidémie, c’est bien celle-là. Les inégalités sociales sont l’un des principaux déterminants de l’infection au VIH. En s’organisant, plusieurs groupes minoritaires ou discriminés ont ainsi obtenu des droits et une reconnaissance sociale accrue, mais beaucoup reste à accomplir. La pénalisation de l’homosexualité crée un contexte très défavorable pour l’accès à la prévention. En Russie, par exemple, les hommes gais ou les usagers de drogues sont réprimés et maintenus dans des situations de précarité qui les laissent hors de la prévention et aggravent l’épidémie. Plus proche de nous, aux Etats-Unis ou en France, la transphobie institutionnalisée reste un facteur majeur dans la progression de l’épidémie de VIH dans les minorités de genre. Il est plus que jamais nécessaire de le rappeler : les combats pour l’égalité sociale restent d’une actualité brûlante pour envisager des réponses efficaces au VIH.

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F : Femmes

Ces dernières années, quand on parle des innovations en prévention, on parle beaucoup des hommes gais. Et les femmes dans tout ça ? D’après les données épidémiologiques, elles représentent un tiers des nouvelles infections annuelles… mais sont souvent exclues des recherches thérapeutiques et préventives. Dans ce domaine on considère encore souvent – à tort – que les données sur les hommes ont une valeur universelle. Fort heureusement, plusieurs initiatives, notamment communautaires, visent spécifiquement les femmes concernées par le VIH ! L’autre défi consiste à reconnaître que les femmes sont un groupe pluriel. On sait en effet que l’âge, le statut social, l’origine géographique ou le fait d’être trans, influencent fortement la santé et la prévention. En fait, renforcer l’implication des femmes dans la lutte contre le VIH implique d’envisager la diversité de leurs besoins de santé, comme le montre bien la dernière campagne de la COCQ-SIDA !

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G : Grindr

« Mais où sont passés mes clients ? – Ils sont sur les applications de rencontre! ». Voilà le genre de dialogue qui fait frémir les patrons des bars de la rue Ste Catherine à Montréal ! C’est un fait : les applications et site de rencontre connaissent une popularité non démentie chez les HARSAH. Plus rapide, plus facile, plus de choix : les explications sont multiples. Certains en sont revenus : plus de gars signifie aussi plus de concurrence, et parfois plus de refus et moins de politesse ! Pour les intervenants en santé sexuelle, cette nouvelle réalité présente de nombreux défis : comment communiquer des informations pertinentes dans un temps parfois très limité ? Comment envisager une relation d’aide dans un environnement dématérialisé et aussi éphémère ? L’autre défi pour les acteurs en santé gaie, c’est de favoriser des environnements sûrs pour que les personnes puissent aborder des questions aussi diverses que leur santé, leur sexualité, leurs difficultés psychologiques potentielles, et aussi dévoiler leur statut sérologique à leurs éventuels partenaires sexuels. Car on peut être connecté virtuellement à des centaines de personnes… mais se sentir très seul.

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H : Hépatite C

Sans doute l’une des meilleures nouvelles de l’année 2015 : on dispose aujourd’hui de traitements antiviraux très efficaces qui permettent de soigner l’hépatite C. Jusqu’à présent, les traitements disponibles étaient très pénibles pour les patients, avec de nombreux effets indésirables et un taux de guérison peu satisfaisant. Rappelons qu’au Canada en 2011, près d’une personne sur 100 est ou a été infectée par le VHC. Beaucoup sont dans l’ignorance de leur statut. L’hépatite C se transmet par le sang : transfusion, injection avec une seringue infectée, et plus rarement par des rapports sexuels (en augmentation chez les HARSAH). Comme les bonnes nouvelles ont malheureusement souvent une contrepartie, ces traitements très efficaces sont aussi… très chers. Un immense travail de plaidoyer est en cours à l’échelle internationale pour faire baisser les coûts du traitement et le rendre réellement accessible. Le combat continue !

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I : Indétectable

On parle d’une charge virale indétectable lorsque, grâce aux traitements antirétroviraux, le VIH n’est plus quantifiable dans un échantillon de sang. On sait depuis maintenant près de 10 ans qu’il n’y a pas de risque de transmission du VIH lorsque la charge virale du partenaire séropositif est indétectable. Mais le sait-on… vraiment ? Il est surprenant que cette excellente nouvelle reste encore trop confidentielle. Dans le milieu gai, sur les sites de rencontres, le terme « indétectable » n’est pas compris par tous, loin de là. Et si on s’intéresse à la population en générale, la méconnaissance est presque totale, et la méfiance est bien réelle. Pire, les représentations des personnes vivant avec le VIH comme dangereuses demeurent bien ancrées. La preuve qu’il reste du travail de pédagogie à effectuer. Cela passera nécessairement par des campagnes larges d’information et de sensibilisation, car oui, l’indétectabilité est un mode de prévention de la transmission aussi efficace que le condom. Il faut (se) le dire !

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J : Justice

Le Canada partage avec quelques autres pays du monde le triste privilège… d’être un des pays les plus répressifs en terme de criminalisation des personnes vivant avec le VIH. Depuis 1997, il est possible de condamner une personne qui n’aurait pas divulgué  son statut séropositif avant une relation sexuelle, et ce même s’il n’y a pas eu de transmission du VIH. La Cour suprême a légèrement modifié la disposition : si le partenaire séropositif a une charge virale faible ou indétectable ET que le condom est utilisé, le dévoilement du statut n’est plus obligatoire. Comme l’ont souligné des médecins et des chercheurs canadiens, ces dispositions juridiques ont été prises en dépit des connaissances scientifiques, concernant les risques de transmission. Mais plus généralement, cet arrêt de la Cour Suprême fait ainsi reposer tout le fardeau de la responsabilité sur les épaules des PVVIH, oubliant que la sexualité est avant tout une relation entre deux (ou plus) personnes. Pourquoi alors ne pas parler de responsabilité partagée ? De nombreux appels à décriminaliser le VIH se font entendre, jusqu’à l’ONUSIDA.

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K : Kick & Kill

L’arrivée de la thérapie antirétrovirale a fait reculer la mortalité associée à l’infection au VIH, d’abord progressivement puis de manière spectaculaire. Maintenant que la trithérapie est efficace, qu’elle a fait du VIH une maladie quasi-chronique (si le traitement est accessible), une question majeure est parfois perdue de vue : Et une cure du VIH ? Plusieurs voies sont explorées, comme par exemple : renforcer et éduquer le système immunitaire du patient, qui parviendrait ainsi à contrôler le virus sans médications, ou développer un vaccin, qui amènerait l’immunisation. Ces explorations prometteuses se butent presque systématiquement à la persistance de la présence du VIH dans des réservoirs, ces poches imperméables aux ARV, difficilement repérables, qui préservent des copies du virus et lui permettent de reprendre sa réplication. Une molécule habituellement utilisée dans le traitement du cancer active ces cellules dormantes de VIH (kick), et les antirétroviraux peuvent les éradiquer (kill). En parallèle le système immunitaire est boosté. Cette approche prometteuse demande encore de nombreux développements,  et une équipe montréalaise de recherche à McGill est notamment très active dans ce sujet.

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L : Lucratif

La question des profits des laboratoires pharmaceutiques est au cœur des mobilisations des patients depuis plusieurs décennies ! Elle s’est posée avec d’autant plus de force lorsque les antirétroviraux ont été mis sur le marché, et la différence d’accès aux traitements entre Nord et Sud est apparue d’autant plus éclatante. Des progrès ont été fait depuis, grâce à la mobilisation internationale, mais 15.7 million de PVVIH n’ont toujours pas accès aux traitements en Afrique en 2015 selon l’ONUSIDA, et les ruptures de stock sont encore fréquentes. Questionner les profits des labos, c’est interroger aussi la propriété intellectuelle des brevets sur des biens de santé vitaux. On ne changera sans doute pas le système du jour au lendemain, mais soutenir la production de génériques permettra de contrecarrer les logiques de la spéculation. Avec les nouveaux développements de la PrEP, un nouveau marché s’ouvre, celui des séronégatifs « à risque ». Raison de plus pour soutenir des initiatives telles que Pharma-Québec, un organisme public qui s’occuperait de l’achat, de la production et de la recherche sur les médicaments et permettrait une réduction radicale des coûts pour le système de santé !

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M : Mobilisation

Comment poursuivre la mobilisation contre l’épidémie à l’heure des trithérapies et du traitement comme prévention ? C’est un défi majeur, auquel sont confrontés les acteurs de la lutte contre le VIH/sida dans les pays du Nord. On peut avoir – légitimement – l’impression que le plus dur est derrière nous : aujourd’hui, on vit de mieux en mieux avec le VIH, l’espérance de vie est quasi-équivalente ; et les outils de prévention n’ont jamais été aussi diversifiés et adaptés. Et c’est une très bonne nouvelle ! Cependant, la situation n’est pas nécessairement aussi rose. Au Québec, du fait de l’abandon de l’éducation sexuelle à l’école, le niveau d’information sur le VIH et les ITSS se dégrade. Et du côté des PVVIH, nombre d’entre eux et elles vivent dans la précarité ; des situations souvent aggravées par le vieillissement. Ces deux exemples (parmi d’autres) soulignent à quel point la mobilisation communautaire est toujours nécessaire. Sans doute les formes de la mobilisation doivent-elle changer et s’adapter aux nouveaux besoins, mais il reste de nombreux combats à gagner pour faire reculer l’épidémie du VIH. Dans la communauté gaie, le projet de recherche/intervention Mobilise! se fixe cet objectif !

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N : Non-jugement

Le « non-jugement » est une approche bien connue des intervenants communautaires. Il s’agit en fait d’une philosophie simple : le fait d’accueillir les demandes/questions – par exemple lors d’une intervention de prévention – sans porter de jugement sur les pratiques, les prises de risque, l’identité ou l’orientation sexuelle de la personne concernée. En d’autres termes : ouvrir ses oreilles et considérer la personne avec empathie. Cette posture a largement fait ses preuves : en créant une relation de confiance, elle permet d’offrir des réponses plus adaptées ; et une telle atmosphère incite les personnes à revenir vers le service ou l’organisme. À l’heure de la PrEP et de la charge virale indétectable, le non-jugement est une approche plus que jamais nécessaire. Par exemple, pour accompagner des personnes vers l’utilisation de la PrEP, on évitera de commencer par leur dire : « mais pourquoi tu n’utilises pas de condom, c’est si simple ? ». Car non, utiliser un condom systématiquement ce n’est pas « si simple » pour tout le monde. Ce qui vaut pour les intervenants pourrait aussi s’appliquer aux soignants !

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O : Orientations sexuelles

« Gais », « bisexuels », « hétéro », « queer », « HARSAH »… La prévention du VIH et des ITSS nous amène à jongler avec les identités et les orientations sexuelles. Mais on oublie souvent de parler en termes de facteurs de risque. Explication : on peut être gai, séronégatif, en couple monogame et avoir très peu de risque d’être exposé au VIH. On peut être hétérosexuel, multipartenaire et avoir des pratiques sans protection qui exposent au VIH. En d’autres termes, l’identité ne fait pas le risque, et l’habit ne fait pas le moine. Les facteurs de risque sont multiples – type de pratiques, accès au dépistage, aux moyens de prévention, mais aussi violences sexuelles, contextes de précarité. Malheureusement, bien souvent, ces déterminants se cumulent.

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P : PrEP

La Prophylaxie pré-exposition (ou PrEP) est une stratégie de prévention du VIH. Il s’agit, pour une personne séronégative, de prendre un traitement antirétroviral qui bloque l’entrée du VIH dans l’organisme. Cette approche est utile pour ceux et celles qui n’utilisent pas systématiquement le condom. La PrEP a été controversée ces dernières années : ne risquait-elle pas d’encourager les prises de risque ? Et quid des autres ITSS ? On peut dire aujourd’hui que ces inquiétudes sont relativement retombées : les études récentes ont démontré le très haut potentiel préventif de la PrEP. L’heure est maintenant au passage à l’action pour les autorités de santé. Si aux Etats-Unis et en France la PrEP a été homologuée comme approche de prévention, le Canada n’a pas encore dit « oui » ! Résultat, si au Québec la PrEP est disponible hors indication, moyennant certains coûts selon son régime d’assurance santé, certains médecins restent frileux ou sceptiques pour la prescrire. Et si 2017 était l’année de la PrEP au Canada ?

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Q : Québec

Et au Québec, où en sont les ITSS ? D’après les données récentes de l’INPSQ, on enregistre une stabilisation, voire une légère baisse des nouveaux diagnostics VIH dans la province. Mais les hommes gais continuent de concentrer à eux seuls près de 63% des 350 nouveaux diagnostics annuels de VIH, ce qui est énorme ! Et les données montrent une légère hausse chez les 15-24 ans. On estime que 15% des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes (HARSAH) vivraient avec le VIH. Les ITSS ne connaissent pas de baisse, au contraire. Chez les 15-24 ans, la chlamydia est en augmentation constante ; la syphilis et la gonococcie sont également en pleine expansion en particulier chez les homosexuels. Enfin, parmi les utilisateurs de drogue injectable, le virus de l’hépatite C est très actif.

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R : Réduction des méfaits

La réduction des méfaits est une approche de santé publique qui part du principe que le risque « zéro » n’est pas toujours possible, selon les circonstances et/ou l’envie des personnes. Dans le domaine de l’usage de drogues, par exemple, on considère que la distribution de seringues stériles est une forme de réduction des méfaits. Dans ce cas, on n’empêche pas la personne de consommer un produit psychoactif, qui plus est par voie injectable ; mais on garantit qu’elle ne court pas le risque d’une infection – par le VIH ou l’hépatite C – liée au partage d’une seringue. Dans la sexualité, on peut établir le même principe : pour des individus qui ne peuvent ou ne veulent pas utiliser le condom, on peut proposer des approches alternatives. Certaines sont moins efficaces, comme le retrait avant éjaculation : mais on fait avec les moyens du bord, et on peut les combiner. D’autres sont très efficaces comme la PrEP, ou la charge virale indétectable. En santé publique, la réduction des méfaits est une approche humaniste, qui se place là où en sont les personnes, et non pas du côté d’une norme de santé inatteignable, comme l’abstinence.  

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S : Sites d’injection supervisés

Les sites ou services d’injection supervisés n’ont pas fini de faire parler d’eux. Qu’on y soit hostile ou qu’on les soutienne, c’est un sujet politiquement et médiatiquement clivant... Et si on en parlait en terme de santé publique ? Les SIS sont issus d’une longue histoire de mobilisation communautaire. Jusque dans les années 1980, les “toxicomanes” étaient traités comme des délinquants et/ou des malades. On leur déniait le droit d’agir et de prendre des décisions pour leur santé. Dans le contexte de l’épidémie du sida, les choses ont changé : les usagers de drogues se sont organisés, ils ont obtenu l’accès libre à des seringues et imposé le principe de la réduction des méfaits. Le raisonnement est simple et pragmatique : la société a un devoir de protection pour ses citoyens, même pour des pratiques légalement réprouvées. Les personnes qui s’injectent de la drogue doivent donc avoir accès à du matériel stérile. Près de 20 ans après ces droits acquis, une nouvelle question émerge : précarité et santé ne font pas bon ménage. Et chez les usagers de drogue, la répression policière renforce les mauvaises conditions de vie et d’hygiène. Dans ce contexte, l’idée d’ouvrir des services d’injections supervisées fait son chemin, et elle est expérimentée en Suisse ou à Vancouver : il s’agit d’offrir des lieux où il est possible de consommer de la drogue sans risque, avec la présence d’intervenants et de professionnels de santé en cas de besoin ou pour une orientation vers le soin. Ces projets divisent souvent l’opinion publique, car on y voit une manière de “banaliser” la drogue. Il ne s’agit pourtant que d’une nouvelle approche de réduction des méfaits, pour les personnes (injection à moindre risque) mais aussi pour le voisinage (pas de seringues qui traînent, et pas d’injection dans des cours arrières ou des lieux publics). Depuis quelques années, les données scientifiques sont venues étayer cette approche : elle est non seulement profitable pour la santé des individus mais aussi pour la santé publique.    

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T : Trans

Lors de la dernière conférence sur les rétrovirus et les maladies opportunistes (CROI) qui s’est tenu à Boston fin février 2016, un panel a été organisé sur les défis des communautés trans face au VIH. Rien de surprenant : les femmes trans sont l’une des communautés les plus fortement touchées par le VIH dans le monde – on manque de données épidémiologiques sur les hommes trans. Pourtant, c’était la première fois dans l’histoire de la CROI qu’un débat sur les enjeux trans était organisé. Ce retard en dit long sur l’absence de prise en compte de certaines communautés dans la lutte contre le VIH. De fait, les trans sont encore souvent invisibilisé-e-s dans les données épidémiologiques, et encore victimes de préjugés de la part des soignants. D’autre part, très peu d’études portent sur leurs problématiques spécifiques, comme les interactions entre traitement anti-VIH et hormones, et les messages de santé restent trop cisgenrés. Pourtant, les communautés trans ont été parmi les premières mobilisées, face à l’ampleur dramatique de l’épidémie, dans les années 1980. Si des organismes se sont désormais positionnés autour de ces enjeux, avec des pamphlets et des sites de prévention/d’information, il reste beaucoup à accomplir pour rejoindre ces communautés.

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U : Universel

Depuis 1996, il existe des traitements très efficaces pour bloquer l’évolution du VIH dans l’organisme. On parle de trithérapies, ou de traitements antirétroviraux (ARV). On sait aujourd’hui que ces traitements sont incontournables, non seulement pour améliorer la santé et la qualité de vie des personnes vivant avec le VIH, mais aussi pour réduire les risques de transmission. Pourtant, à travers le monde, beaucoup de personnes séropositives n’ont toujours pas accès aux ARV. C’est particulièrement le cas dans les pays d’Afrique, très touchés par l’épidémie. Les raisons sont économiques et politiques, du fait du coût des traitements et de la fragilité des systèmes de santé locaux. L’accès universel aux traitements reste donc plus que jamais un horizon de mobilisation, de plaidoyer et de solidarité internationale. Cela implique de développer des médicaments génériques, moins chers, et de soutenir les pays pour développer des structures sanitaires à même d’encadrer la mise sous traitement et le suivi des patients.

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V : Vieillissement

Après près de 35 ans d’épidémie, la question de vieillir « avec » le VIH s’affirme comme un enjeu majeur. Non seulement parce que certaines personnes, âgées de 50 ans ou plus, vivent parfois avec le VIH depuis 20 ou 30 ans, mais aussi parce qu’être diagnostiqué aujourd’hui, c’est pouvoir envisager un futur avec une espérance de vie quasi-équivalente à celle des personnes séronégatives. « Vieillir avec » implique alors de réfléchir à l’accueil des aînés séropositifs dans les structures pour personnes âgées et faire face aux risques de stigmatisation. Mais cela implique aussi d’envisager les pathologies qui se surajoutent : diabète, cancer, etc. Mais la prise en charge du vieillissement nous impose aussi de penser les solidarités à travers les âges : beaucoup de personnes infectées dans les années 1980 ont perdu la plupart de leurs amis/proches. Comment recréer des liens, les entretenir ? Un chantier indispensable pour les organismes communautaires. 

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W : www e-prévention

Le développement d’Internet au cours des deux dernières décennies a transformé le paysage de la prévention du VIH et des ITSS. Sites, blogues, applications, réseaux sociaux : les supports sont multiples pour trouver de l’information, échanger avec des spécialistes,  discuter avec des pairs ou fixer un rendez-vous de dépistage. Les interventions en ligne sont aujourd’hui devenues incontournables pour la santé publique, les organismes et pour les soignants. Cela ne va pas sans contraintes. Assurer des permanences en ligne, clavarder ou mettre à jour des informations sans cesse en évolution nécessite d’être adaptable et réactif. Les meilleurs horaires pour intervenir sur un site de rencontre gai/bisexuel ne correspondent pas forcément aux heures de bureau, par exemple. Mais les possibilités offertes par Internet sont immenses : cela permet de s’adresser de façon anonyme à des personnes plus éloignées géographiquement, mais aussi de rejoindre, via les réseaux sociaux ou forums, des internautes qui ne se sentent pas (ou peu) concernées par le VIH. L’enjeu majeur des prochaines années, c’est de prendre en compte le fossé numérique qui se creuse (aussi) dans le domaine de l’e-prévention. Car Internet ne résout pas par magie les barrières d’accès à l’information liées à l’âge, au niveau de revenu ou au niveau d’éducation.

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X : X (Porno)

Si le tabou sur la représentation publique de corps nus a évolué dans nos sociétés, la pornographie demeure encore largement sulfureuse. On lui attribue une “mauvaise influence” sur la sexualité des plus jeunes, mais aussi sur les comportements de prévention du VIH, lorsque les films montrent des rapports sexuels sans préservatif. Mais au fait, de quoi parle-t-on ? En quelques clics, il est aujourd’hui très (très) facile d’accéder à des contenus pornographiques de toutes sortes : la pornographie est devenu un énorme business. L’interdiction ou la prohibition seraient donc, dans ces conditions, vouées à l’échec. Cette démocratisation de l’accès soulève deux grandes questions. La première concerne les acteurs (amateurs ou professionnels) : il est nécessaire d’établir des garanties pour leur santé sexuelle et leur bien-être. Facile à dire, mais moins à mettre en pratique à l’heure de la mondialisation du marché pornographique... La seconde question concerne cette fameuse “influence” sur les pratiques. Notons qu’il n’existe pas de consensus scientifiques sur le sujet. Cela dit, il apparaît réducteur de considérer les spectateurs comme de simples “récepteurs” de représentations. Si la pornographie est un support ou un moteur de fantasmes divers et variés, il n’est pas avéré (loin de là) qu’il y a un lien direct entre images et pratiques. Ainsi, le succès des films bareback ne se traduit pas par un abandon généralisé du préservatif chez les gais. Bref, la pornographie cristallise toujours des conceptions morales de la sexualité. Sortir d’un questionnement binaire entre interdiction et permission implique de s’interroger sur les conditions concrètes de son utilisation, du côté des acteurs comme du côté des spectateurs.

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Y : YUL (Montréal)

Montréal est la capitale québécoise du VIH/sida et des ITSS. C’est un fait épidémiologique : la métropole concentre à elle seule près des deux tiers des nouveaux diagnostics annuels. C’est aussi à Montréal que sont observés les plus forts taux d’ITSS. Mais Montréal est surtout un haut lieu de la mobilisation communautaire et médicale face aux épidémies. Du Comité Sida Aide Montréal (créé en 1985) à GAP-Vies (créé en 1987), d’Act Up-Montréal (créé en 1989) en passant par RÉZO (ex Séro-Zéro, créé en 1991), ce sont certains des organismes les plus actifs de la province qui ont vu le jour dans cette ville. Le Parc de l’Espoir, qui commémore les personnes décédées du sida au Québec, sur la rue Ste-Catherine, témoigne de cet activisme. Au plan scientifique et médical, les équipes montréalaises sont très engagées dans la recherche sur le sida, au CHUM, au CUSM ou dans les cliniques spécialisées. Et pourtant, la lutte contre le sida à Montréal manque de coordination ! Les différents services offerts fonctionnent souvent en silos, faute de moyens ou de temps pour s’allier. Et si les réponses existent, les communautés concernées ne le savent pas nécessairement. C’est le sens d’un projet de recherche comme Mobilise! : il s’agit de mettre en commun les forces des uns et des autres pour mieux promouvoir la prévention combinée chez les gais et bisexuels.

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Z : Zéro transmission

"As we continue to drive down the number of new infections and drive up the number of people on treatment, we will get ahead of the pandemic and an AIDS-free generation will be in sight". *Si nous continuons à faire baisser le nombre de nouvelles infections et à faire grimper le nombre de personnes sous traitement, nous allons prendre de l'avance sur la pandémie et une génération sans sida sera en vue. Cette phrase d’Hillary Clinton datant de 2012, résume bien l’espoir qui anime les acteurs de la lutte contre le sida depuis quelques années. Grâce aux traitements, on estime possible de réduire radicalement le nombre d’infection à l’horizon de quelques décennies. Dans ses documents stratégiques, l’ONUSIDA parle “d’objectif Zéro” : zéro transmission, zéro décès lié au sida et zéro discriminations des personnes vivant avec le VIH. Au-delà du symbole et de l’effet mobilisateur, ces discours se heurtent malheureusement à des réalités plus complexes. La première concerne l’accès universel aux traitements, dont nous avons parlé précédemment (faire le lien). Une autre contrainte réside en la capacité des systèmes de santé des pays en développement à absorber les objectifs de mise sous traitement. En l’absence de systèmes accessibles et pérennes, beaucoup de malades sont encore confrontés à des ruptures de stock de médicament. De plus, les barrières d’accès aux soins sont nombreuses, liées à l’orientation sexuelle, au genre ou à l’éloignement des centres de santé. Les objectifs de zéro transmission s’appuient très largement sur l’efficacité des traitements. L’histoire nous a aussi appris que la lutte contre le sida est indissociable de la conquête de droits humains et sociaux. Autrement dit, sans une action mondiale concertée contre les discriminations et pour réduire les inégalités sociales de santé, l’objectif de “Zéro transmission” pourrait malheureusement rester un slogan utopique.

 

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