Image: Elvert Barnes.

Au début des années 2000, une personne diagnostiquée porteuse du VIH devait attendre que son système immunitaire tombe au plus bas avant de commencer son traitement. Les médecins attendaient que les cellules CD4, responsables de coordonner le système immunitaire, soient à 200 copies. Avec les avancements de la recherche, les études scientifiques ont démontré les avantages d’initier la thérapie avant que le système immunitaire soit si faible.

Les personnes qui ont reçu un diagnostic de séropositivité après 2015 ont très probablement commencé leur traitement dès qu’elles ont été prêtes à le faire. Et cela sans porter attention au nombre de cellules CD4 présentes dans leur corps. Pourquoi ce changement ? Les données scientifiques prouvent que cela donne moins de temps au virus pour endommager le système immunitaire. Commencer le traitement jusqu’à un an après l’infection permet de mieux préserver le système immunitaire, car il est plus difficile pour le corps de remettre ses défenses au même niveau si l’on attend plus longtemps. Débuter le traitement avant permet aussi d’éviter une inflammation trop grande du système qui nous défend des maladies et des infections. À la longue, cette inflammation peut produire des effets indésirables sur la santé.

"Commencer le traitement jusqu’à un an après l’infection permet de mieux préserver le système immunitaire"

Depuis quelques mois, on entend souvent un nouveau concept dans les milieux VIH. « Rapid Start », « Test-and-Treat » ou encore « Same day treatement ». Un tas de mots en anglais qui veulent dire qu’une seule chose : commencer le traitement la journée même du diagnostic. Une approche qui peut nous paraitre précipitée, mais qui s’est avérée plus avantageuse. L’étude RAPID a eu lieu à San Francisco en 2015 et consistait à donner des traitements antirétroviraux le même jour du diagnostic. L’objectif était que les personnes affectées soient engagées plus facilement dans le traitement.

Selon les défenseurs du « Rapid Start », commencer le traitement le jour même réduirait le nombre de patients qui ne reviennent jamais (ou trop tard) voir son médecin après un diagnostic.  En plus, initier le traitement le plus tôt possible est un moyen de prévenir la transmission à ses partenaires sexuels puisque cela permet d’atteindre une charge virale indétectable plus rapidement. Lors de la 21e Conférence AIDS, qui a réuni toute la communauté scientifique internationale était réunie, la Dre Serena Koenig a expliqué que souvent les personnes rentrent chez elles avec de « mauvaises nouvelles », mais qu’avec le « Rapid Start » les médecins peuvent aussi leur donner de l’espoir après une journée très difficile.

"Il faudra toujours évaluer quelle est la meilleure option pour le patient"

Le PVSQ a discuté avec le docteur Benoit Trottier, de la clinique médicale urbaine Quartier Latin, pour comprendre l’opinion des médecins montréalais au sujet du « Rapid Start ». Le Dr Trottier voit plusieurs avantages à cette stratégie : couper les symptômes de la primo-infection, une récupération plus rapide du système immunitaire et, après quelques semaines, l’atteinte d’une charge virale indétectable.

Mais, bien sûr, il y a quelques désavantages à commencer le traitement si tôt. Dr Trottier craint par exemple que le « Rapid Start » empêche d’attendre les résultats de certains tests qui aident les médecins à décider le meilleur traitement pour la personne. Dr Trottier ajoute un dernier aspect à tenir en compte lors de l’application du « Rapid Start » : « Le patient n’a pas eu la chance d’absorber émotivement le diagnostic et il risque une réaction émotive et d’arrêter le traitement », met en garde le docteur. Dans tous les cas, il est très probable que les médecins québécois commencent à utiliser le « Rapid Start » pour les personnes qui sont nouvellement diagnostiquées. Par contre, le Dr Trottier croit qu’il faudra toujours évaluer quelle est la meilleure option pour le patient.

 

Océane Apffel Font, chargée de projet en documentation et rédaction

Octobre 2018

 

Sources: 

Guideline on when to start antiretroviral therapy and on pre-exposure prophylaxis for HIV, Organisation Mondiale de la Santé 2015

Same-day start to antiretroviral treatment leads to faster HIV suppression in San Francisco, Aidsmap 2015

Starting treatment on the day of HIV diagnosis improves retention and viral suppression, Haiti study shows, Aidsmap 2016

Same-day ART initiation after home-based HIV testing: a randomized controlled trial, Niklaus D. Labhardt et al. 2018

Une étude révèle de nouvelles idées sur le moment de commencer la thérapie anti-VIH, CATIE 2015

Merci à Dr. Benoit Trottier pour sa collaboration avec le PVSQ


 

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